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    Castes au Sénégal : historique et dimension genre

Penda MBOW
Professor of Dakhar University


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Le phénomène des castes au Sénégal relève de la longue durée. La réflexion sur la démocratie, les droits humains et les castes au Sénégal est assez complexe puisque le clivage de caste ne se fonde pas sur le principe de servilité ; la dimension genre est un autre aspect  du débat. La nécessité de construire une sociétè démocratique ou le respect des droits humains ne relève pas uniquement de l’incantation, justifie amplement la nécessité de réfléchir sur le phénomène en relation avec la place et le rôle des femmes dans la société. La nouvelle citoyenneté exige que l’on scrute les sociétés africaines pour extirper les entraves à l’épanouissement de l’individu, du citoyen. Les nouvelles définitions des droits humains impliquent que l’on puisse aborder de front la question essentielle des clivages d’ordre et de caste. Certes, pour certains intellectuels sénégalais, le probléme des castes apparait suranné car relevant, selon eux, d’un combat d’arriére-garde au moment ou le continet se trouve confronté à toutes sortes de difficultés. Il faudrait se garder d’alimenter l’afro-pessimisme, come si on oubliait que les Africains, eux-mêmes, ont le devoir de poser un regard critique sur leurs sociétés. Daniel Etounga Manguelle dans un livre au titre évocateur (L’Afrique a –t-elle besoin d’un ajustement culturel ?) parle entre autre facteurs de blocage : de « convivialité excessive et d’un refus épidermique de tout conflit ouvert » de l’ «effacement de l’individu face à la communauté ». Bref de toutes les caractéristiques des sociétés préindustielles et prémodernes. Analyser la situation de nos pays, en s’en tenant uniquement à leurs assises matérielles et à l’évolution de leur clase politique, reviendrait pourtant à réduire singuliéremnt les capacités de transformation de nos sociétés.

 Le débat sur les castes au Sénégal doit contribuer à circonscrire un des aspets de la crise profonde des valeurs qui sévit dans cette société de meme que les mutations en cours. En effet, le sentiment qu’éprouve les individus et les groupes de leurs positions respectives et les conditions qui dictent ce sentiment ne sont pas immédiatement déterminés par la réalité de leurs conditions économiques mais par l’image qu’ils font, image jamais fidéle mais toujours infléchie parle jeu d’un ensemble complexe de représentations mentales.

L’analyse du système des castes permet de saisir la longévité et la complexité des processus à travers lesquels se réalise un changement de société. L’étude des mentalités y occupe une place primordiale. Cette perspective oblige tout chercheur africain ou africaniste à placer l’étude des sociétés africaines dans la longue durée, en privilégiant la notion de structure telle qu’elle est définie par Fernand Braudel et reprise par les observateurs du social.Que faut il entendre par structure ? Il s’agit, principalement, d’une organisation, d’une cohérence de rapports assez fixes entre réalités et masses sociales. C’est ce dont les historiens rendent compte lorsqu’ils recourent aux termes « «d’assemblage » ou « d’architecture » pour caractériser une réalité que le temps use mal et véhicule durablement.Certaines structures, à se perpetuer longtemps, deviennent des élements stables pour une infinité de générations : elles encombrent l’histoire, donc en commandent l’écoulement.D’autres sont plus promptes à s’éffriter.Mais toutes sont à la fois soutient et obstacles.Ainsi les cadres mentaux sont aussi prisonniers de la longue durée (Baudrel1969). Nous pensons ave Guy Bois (1989 :17-18) que les vieilles sociétés sont lentes à mourir.Meme exsangues elles restent longtemps sur pied et les racines largement déployées font obstacle à la montée de nouvelles pousses. Aujourd’hui, la condition sociale du casté a changé sans que disparaisse le systéme des castes ; ses survivants ont un impact tangible sur la conciensce collective imposée par les systémes wolofs, halpulaar, bambara, voire sereer, et elles constituent une entrave à l’avénement d’une démocratie réelle-surtout a la base-, à la prise en compte de par lui meme.

Un examen attentif du systéme des castes peut- il aider à saisir le degré des transformations subies par la société sénégalaise ? On repérera sans doute les facteurs de blocage au niveau des mécanismes de reproduction de la hiérarchie, phénoméne majeur en histoire sociale. Nous évaluerons, à partir d’exemples précis, l’impact du systéme de castes sur les croyances et la prégnance du discours idéologique le sous-tendant, après  un retour vers l’historique des castes. Une place sera accordée à la position des femmes dans ce débat.

       I.            Les origines historiques des castes en Afrique de l’Ouest

La géographie des castes en Afrique occidentale

Dans une thèse consacrée à l’ensemble des groupes d’artisans et de musiciens endogames – appelés « castes »-de l’Afrique occidental (zone sahélo-soudanienne, régions limitrophes du Sahara et de l’Afrique forestiére), TalTamari revient sur la délimitationau plan spatial des castes. Ces groupes dont les plus connus sont associés au travail du fer, du bois ou du cuir, ou encore au domaine musica, se retrouvent dans une dizaine d’éthnieset, notamment, chez les Mandingues, les Soninkés, les Wolofs, les Peuls, les Toucouleurs, Les Songhay, les Sénéfous, les Dogons, les Touaregs, les Maures. Ainsi la zone de répartition des castes comprend le Mali, la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le nord de la Cote-d’Ivoire, le Burkina-faso, le Niger, l’est du Ghana, une partie du Sahara algérien, quelques localités du Nord-Cameroun, du Libériaet de laSiérra Leone (Tal Tamari 1988 ; 1997). A quoi peut-on lier cette stratification en castes ?

Hypothèses sur l’origine des castes

Les travaux de Georges Dumezil (1956, 1958) sur les sociétés indo-européennes ont fait ressortir les éléments de mise en place du systéme des castes : le choc des cultures sembles en êtres un élément déterminant. Dans l’exemple de l’Inde, on se trouve en présence de la transformation d’une société    d’ordres vers une société de castes. Effectivement, à la fin de la période védique la société des ordres est divisée en trois « couleurs » (Varna) : Barma – poéte et prêtre -, Kishastra – guerrier et chef-, Vis- roturier-, une quatrieme « couleur », inferrieure, composée de noirs vaincus- Dasa, Sudra-destinés à servir les Arya (les autres ordres) vient compliquer la situation. A partir de cette période, l’ordre des Brahmanes présente toutes les caractéristique d’une caste : groupe fonctionnel occupant une place précise dans une hiérarchie, fermé sur lui-même par l’hérédité, l’endogamie et par un code rigoureux d’interdits.

Avant l’Inde, on avait noté le même processus dans l’Egypte « castée ». Selon Dumezil (1956 : 17 ), « les Grecs du ve siecle croyaint y trouver le prototype, l’origine de splus vieilles classes fonctionnelles athéniennes […] En réalité, cette structure ne s’est formée sur le Nil qu’au contact des Indo-Européensqui surgissant en Asie mineur et en Syrie au milieu du second millénaire avant notre ère, révélérent aussi aux Egyptiens le cheval avec tous ses usages. C’est à cette date seulement que, pour survivre, le vieil empire des Pharaons se réorganise, se donne notamment ce qu’il n’a jamais eu, une armée permanente, une classe militaire ».

Cheikh Anta Diop, dans L’Afrique noire précoloniale (1987 : 16-20 ) remet en cause la thése de Dumezil sur l’origine des castes en Inde. En se fondant sur un texte de Strabon (qui lui-même s’appuie sur un auteur plus ancien, Mégasthénes), Cheikh Anta Diop estime que les castes en Inde correspondent à une division du travail, à l’exclusion de toute différenciation ethnique, puisqu’aussi bien un Davidien peut être brahmane. Les critères qui permettent de les distinguer sont d’ordre moral ou matériel et non ethnique. En Afrique noire, particuliérement au Soudan occidental, on peut attester d’une origine égyptienne des castes, phénomène très ancien.On peut être d’accord avec Cheikh Anta Diop (ibib.) lorsqu’il affirme que la spécialisation dans le travail qui a abouti à la transmission héréditaire du métier dans le systéme des castes, à l’échelle familiale et individuelle, s’est élaborée depuis l’organisation clanique 13. Du temps des grands empires. Dont le plus ancien, Ghana, remonte au moins au IIe siecle avant J-C., La détribalisation était déjà effective sur toute l’étendue des grands empires.

On peut appréhender l’origine des castes au Soudan occidental à partir de l’hypothése développée par Yoro Dtao sur la caste des Ñoole, ces « bouffons », constituée biologiquement, et qui serait née au cours de l’émigration des Jaa-Ogo14 partie d’Egypte. Les chercheurs sont unanimes pour reconnaitre aux Jaa-Ogo la métrise de la métallurgie du fer (Bocoum 1990). Le capitaine Steff dans son histoire du Fouta Toro avance une idée très intéressante : « Les Jaa-Ogo étaient très pauvres, ils possédaient peu de bétail et cultivaient juste de quoi se nourrir. Leur chef était Coumba Waly et sa famille jouissait de la prérogative de fondre le fer et de le vendre ; ils allaient dans la montagne chercher du minerai qu’ils faisaient fondre dans les fourneaux de leur instruction ». D’après Cheikh Moussa Camara : Les Jaa-Ogo vendent non seulemnet le fer mais ils gouvernet le Fouta »15. On peut dès lors, s’interroger sur la dégradation de la position sociale du forgeron. Comment est-il passé du sommet de la hiérarchie à la position d’homme de caste inférieure ? Pourquoi cette déchéance ? Comment cette perte du pouvoir, elle se pérennise au cours de l’histoire, a-t-elle été possible ?

La défaite militaire semble être l’explication la plus plausible : les Jaa-Ogo ont été défaite par les Soninkés du Ghana de même que Sumanguru Kanté, dernier roi forgeron du Sosso, été battu par Soundjata Keita lors de la fameuse bataille de kirina (1220-1235). Les hypothése avancées par Abdoulaye Bathily (1989 : 221) pour expliquer le déclin social des forgerons dans le haut du Sénégal sont stimulantes « la chute du régime de Sumanguru fut peut-être suivie d’un mouvement de dispersion dans tous les pays. La diffusion massive du fer au Soudan occidental, tant par l’intensification du commerce régional que par l’accès d’un nombre croissant de peuples et de groupes d’indivudus au technique de la métallurgie, à conduit à briser progressivement le monopole naguère excercé par une minorité.»

On est fondé d’affirmer que même si l’ « l’élérgissement de la base sociale du métier métallurgiste a dû contribuer au dépérissement de l’inffluence sociale du forgeron », le probléme reste entier. Pourquoi malgré l’accroissement des ressources économiques, ne c’est-il pas développé une conscience de caste entraînant des mutations profondes ? Les sociétés africaines, jusqu'à une période récente, n’accordaient pas une place déterminante à l’accumulation matérielle et dissociaient la maîtrise des armes de la prise du pouvoir.

La monarchie centralisatrice, née avec Ghana, est allée plus loin dans la domination politique de scastes inférieures. Elle a, selon Abdoulaye Bara Diop (1981), développé les rapports de castes non dans le sens d’une interdépendance socio-économique s’expliquant par la division du travail, mais dans le sens d’une dépendance des castes inférieures vis-à-vis de castes supérieures. Nous reviendrons sur cette idée capitale, même si elle entre en contradiction avec la théorie raciale de la formation des castes développée chez Abdoulaye Bara Diop qui est une vonlonté d’enraciner la culture dans la biologique : les groupes appelés castes sont hiérarchisés non d’après la fortune de leur rôle dans le mode de production, mais selon leur degré de pureté ou d’impureté.

Il est impossible, dans le cadre de cette réflexion, de reprendre l’ensemble des problématiques liées à l’évolution des castes dans nos sociétés (tous les historiens s’y sont largement essayés). Retenons16, cependant, que la cristallisation est déjà faite au XIXe siecle, lors de la pénétration coloniale et que deux grandes lignes de clivages traversent la société. Il s’agit, d’une part, du critére de liberté et, d’autre part, de la spécialisation professionnelle héréditaire, les castes. La notion de liberté oppose les hommes libres ou geer (sing.gor) aux esclaves, jaam. Les castes opposent les neeño – ceux qui pratique les métiers artisanaux, la musique, le chant, les louange- à tous ceux qui ne sont pas astreints à cette limitation. Les geer, d’où l’idée de bipartition sociale. Lorsqu’ils analysent le système des castes, les chercheurs incluent généralement parmi les ñeeño, les griots qui ont eux une fonction d’idéologues, en plus de la chanson et de leur rôle de laudateurs (sab-lekk, « ceux qui vivent de la parole », cf. A.B.Diop). Cette classification prête à confusion. Le terme ñeeño connote, en effet, un sens plus restreint ; il s’applique surtout aux castes de métier, souvent tenues à l’écart du pouvoir politique, tandis que le griot est un élément indispensable de la monarchie centralisatrice. Il reste que, d’une maniére générale, les gens de castes sont « caractérisés » par l’endogamie et l’impureté.

Mentionnons encore quelques-unes des conclusions importantes de Tal Tamari à propos de la relation entre castés et esclaves et la reproduction des castés. Dans certaines régions, les de castes ont grossit leurs rangs par l’assimilation de personnes qui n’avaient pas, à l’origine, un statut de caste17. Le processus le plus courant, du moins le plus souvent reconnu par les intéressés, concernait les enfants d’un homme de caste et de sa concubine d’origine servile : les enfants accédaient au statut du pére. Les descendants des captifs détenus par une famille de caste, pouvaient également Dans certains cas, être à la longue assimilés à la famille du maître, conformément au modèle qui prévalait dans les relations entre les familles nobles et leurs esclaves. Ce cas se présentait assez souvent chez lzs forgerons. Dans d’autres circonstances, des nobles se faisaient passer pour de castes afin d’echapper à l’esclavage. On le sait, les gens de castes ne pouvaient jamais être réduits en esclavage (Tamari 1997). D’ailleurs, au sénégal, il est plus facile de masquer une origine castée.

S’agissant de la notion d’impureté, on peut avancer qu’il s’agit d’un phénomène, pour le moins, théorisé : les geer sont supérieurs de naissances, ils sont de sang pur, d’origine wolof, halpulaar, aussi loin que l’on remonte dans le temps, les ñeeño sont biologiquement inférieurs, d’origine étrangére. D’après Yoro Dyao (Cahiers) : « Si on dit que la sueur du forgeron est néfaste, c’etst parce qu’il demeure entre deux corps : le fer et le feu. L’un est dur, l’autre est chaud. Son travail et la sueur qui  en résulte cause peine et malheur à qui la touche ». En réalité, la place qu’occupe l’idéologie dans le systéme des castes est capitale puisqu’un systéme n’est pas seulement un mécanisme mais aussi la représentation mentale que se font les individus au sein des groupes de ce doit être le comportement des autres groupes à leur égard.Une question subsiste cependant : par quels processus se sont opérées l’intoriarisation et la cristallisation des valeurs sur une durée aussi longue par les catés eux-mêmes ? Nous y reviendrons en analysant le vécu des castes sous l’angle matrimonial, mais voyons d’abord quelle explicationen donne Cheikh Anta Diop (1987) et Abdoulaye Bara Diop.

 Cheikh Anta Diop (1987 :11) estime que pour « chaque caste : inconvénients et avantages, et aliénation et compensation s’équilibrent » et il ajoute : « la stabilité du systéme castes est assurée par l’hérédité des fonctions sociales ce qui correspond, dans une certaine mesure, à un monopole déguisé par uninterdit religieux pour éliminer la concurrence » (ibid : 17). Ce pendant ce que dit Cheikh Anta Diop vaut surtout pour une société précapitaliste et il faut admettre également que le fait d’être éloigné des centres de décision se compose difficilement. Abdoulaye Bara Diop (1981: 73-90), quant à lui explique la situation par le caractère dominant de l’économie agricole d’où la dépendance de sartisants vis-à-vis des paysans dans le systéme d’échanges que contrôlaient ces derniers ces derniers. On ne peut s’empêcher d’émettre quelques réserves. Les paysans ne contrôlaient absolument pas les échanges, surtout lorsqu’on considére la longue durée. Le commerce transaharien avait fait émerger une classe de marchands plus proches des lettrés musulmans tandis que les paysans seront islamisés tardivement : XVIIIe et XIXe siecle ?

    II.            Idéologie et vécu des castés

Contrairement à une idée répandue, les ñeeño n’étaient pas interdits d’agriculture. Ils jouaient non seulement le même rôle dans une économie de subsistance que les geer badolo (paysans), mais ils avaient en outre la maîtrise des instruments de production. Dés lors, pourquoi les ñeeño n’ont-t ils pas effectué le saut qualificatif comme l’avait fait la bourgeoisie européenne qui se trouvait dans la même situation à la fin du Moyen Âge ? 18 Peut être parce que le mouvement communal initié par la bourgeoisie européenne, au sein des corporations, sera le fer de lance des mutations sociales et économiques enEurope entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Or, à ses débuts le mouvement communal avait uniquement comme objectif de faire reconnaitre le bougeois par la société tripartite composée de ceux  qui prient, dece qui combattent et de ceux qui travaillent la terre. Le ñeeño, lui, n’avait nul besoin decette reconnaissance puisqu’il était né avec la détribilisation. Le mouvement d’émancipation à pour souvent objectif la reconnaissance.

Il faut, enfin, dans les relations de clientélisme qu’entretiennent castés et geer ramener la fonction du don à sa juste proportion. Seul le griot était véritablement dépendant économiquement et il l’était autant vis-à-vis du gor que l’home de métier. On peut également estimer que le mépris, souvent souligné, s’est renforcé avec la monétarisation des échanges.

Vie quotidienne, statut matrimonial et castes

Les sociétés en crises, comme les sociétés africainnes actuelles, vivent une situation paradoxale : l’argent y est devenu la seule véritable valeur, mais le besoin de conjurer la crise développe des reflexes identitaires chez l’individu et dans le groupe.C’est ainsi que l’exaltation des valeurs propes à nos traditions, à nos cultures déterminet souvent les rapports inter-individuels. L’actualité des phénomènes des castes peut donc être aussi saisie à travers des exemples susceptibles de refleter la réalité quotidienne, principalement au niveau des couches sociales les plus défavorisées.

Vie quotidienne et caste

Pour répondre à un affront subi par sa fille, un vieux bijoutier de Dakar a préferé reconnaitre son petit-fils en lieu et place du géniteur, qui lui est gerr. A l’inverse, tel autre a poussé sa fille aopter pour le célibat lui interdisant d’épouser l’homme de sa vie par ce qu’il est griot .Ce genre de manifestations ne se cantonne pas aux seuls aspets matrimoniaux. Certains expliquent leurs déboires d’avoir eu tel ou tel contact avec une personne dite castée.Cette dame reconnait ne jamais se faire trésser par une femme d’origine forgeronne, de peur de provoquer la chute de ses cheveux. Si elle sert la main d’une personne d’origine forgeronne, la sienne se retrouvera aussitôt couverte de boutons. Quant à S. L., chauffeur, le fait pour lui de sasseoir sur le lit d’une personne forgeronne suffit à provoquer les mêmes effets.

De tels exemples fourmillent. Evidemment impossible à vérifier, ils relévent du domaine du fantasme et l’imaginaire. La réalité vécue du casté mérite donc plus d’attention même si on constate une certaine évolution dans les attitudes quotidiennes à son égard. Chaque fois qu’un individu se trouve dans des difficultés il à tendance à accuser l’autre, le voisin, l’ami et le casté représente en général une cible facile puisque qu’on peut puiser dans l’idéologie des justifications que l’on fera remonter aussi loin que le permet la mémoire collective. C’est ainsi que le casté est réguliérement accusé d’avoir la capacité de détourner la chance d’autrui : il porte malheur. Le casté peut bien atteindre le sommet de la réussite, on lui rappelera toujoursses origines. Ce que dit Sartre dans réflexion sur la question juive (1954 :108,113) est applicable dans nos sociétés au casté : « Il [le juif] peut accumuler les guanraties légales, les richesses, les honneurs, il n’en est que plus vulnérable et il le sait […] mais dans le moment même qu’il touche au faîte de la société légale, une autre société amorphe, qui diffuse et omniprésente se découvre à lui par éclairs et refuse. Il resent d’une maniére très particuliére la vanité des honneurs et de la fortune puisque la plus grande réussite ne lui permettra jamais d’acceder a cette société qui se prétend la vraie : ministre, il sera toujours ministre juif, à la fois une excellence et un intouchable, pourtant, il ne rencontre aucune résistance particuliére : mais il se fait comme une fuite autour de lui un vide impalpable se creuse et puis surtout, invisible chimie qui dévalorise tout ce qu’il touche ». A des degrés divers, le casté vit la même situation. Quelque soit sa réussite, on lui rappellera toujours ses origines castés, ses faux pas s’expliquent par elles, on ne lui pardonne aucun échec. Dans les quartiers populaires ou le casté est souvent taxé de sorcellérie, on pense qu’il faut se méfier de son thiat (sa parole pourvoyeuse de mauvais sort). On assiste la à une généralisation abusive, à une croyance complétement à la puissance mystique du forgeron. La maîtrise du feu supposait des dons magiques, le forgeron était chargé de la circoncision, il possédait des dons de guérisseur et il se livrait à des incantations (jat) afin de domestiquer le fer. Cette peur de la parole du casté instaure des rapports entre ami non fondés sur la confiance ; des raisons de se méfier dorment dans l’inconscient de l’individu, le poids de la culture, de l’éducation est omniprésent.

 III.            La place des femmes dans la perpétuation du système des castes

La dimension genre dans le système des castes se lit à plusieurs niveaux et les femmes sont certes les premières victimes mais contribuent à la perpétuation du système.

La dimension genre du phénomène des castes

 La femme castée occupe une position spéciale dans la société sénégalaise. Elle s’adonne comme l’homme dit casté à un certain nombre de métiers  comme la poterie, le tatouage, les tresses, la décoration, la broderie. Il est vrai que ces métiers peuvent rapporter mais la femme castée est souvent victime d’un certain mépris, même si elle demeure crainte. Dans les cérémonies familiales, elle est chargée du protocole, de la cuisine, des échanges de dons et de contre dons.

Elle est souvent victime de préjugés, d’attaques. Pour illustrer cela, nous allons prendre notre propre exemple. Depuis les années 70, nous nous investissons dans la société civile au Sénégal. C’est ainsi que lorsqu’intervint l’alternance au pouvoir en mars 2000, nous fûmes cooptées dans le gouvernement comme Ministre de la culture. Seulement, nous ne restâmes pas dans ce gouvernement et au bout de trois mois, nous fûmes écartées sans explication. Pour nous, la raison objective est liée à notre indépendance d’esprit.  Comme des segments très importants de la société sénégalaise se posaient des questions, en raison de ce limogeage sans explication mais aussi en raison de notre liberté de critique, en tant que membre actif de la société civile. Devant les menaces, les attaques personnelles, les assauts du pouvoir, nous continuons à dénoncer les dysfonctionnements du régime. Puisque la corruption largement utilisée par le pouvoir ne marche pas à notre endroit, pour me faire taire, il fallait trouver  un stratagème. Le pouvoir profita du vote d’une loi sur la parité homme/femme, en avril 2007 à laquelle nous étions opposées puisqu’antidémocratique et relevant de la manipulation contre l’opposition sénégalaise. La Ministre de la Famille fut instrumentalisée contre ma personne. Elle affirma que notre travail de la société civile,  nos critiques relevaient d’un simple esprit de frustration puisque  nous étions limogées du gouvernement ; mais que la vraie raison de notre limogeage serait liée à nos origines castées. Pour la première fois dans l’histoire du Sénégal indépendant, nous étions en présence d’un argument pareil. Pourtant, le pays a eu plusieurs Premier Ministres castés, des ministres des Affaires étrangères etc., castés mais on a jamais utilisé un argument pareil pour justifier un départ de gouvernement. Cette situation est surtout liée au niveau du débat politique au Sénégal, devant le manque d’arguments face  à des manipulations politiques, on évoque les mécanismes d’exclusion et de discrimination qu’est le système des castes. Mais là où le phénomène est surtout difficile, c’est au niveau des relations matrimoniales

Relations matrimoniales et castes

L e système des castes est particuliérement intransigeant au niveau des relations matrimoniales. C’est à niveau où les femmes sont le plus touchées Comme Proust le remarquait au moment de l’affaire Dreyfus : « pour ce qui est de la question juive, le cocher comme l’aristocrate on la même attitude » (Sartre 1952 :36). La plus part des intellectuels, des hommes et des femmes qui occupent une position importante dans l’appareil d’Etat comme la ménagère du coin, ont presque tous les même reflexes sur le mariage : il faut surtout éviter de mélanger son sang. Les conséquences de cette situation sont multiples mais les plus fréquentes restent le sdivorces prématurés et la rupture avec sa famille d’origine. Dans nos sociétés la notion de couple existe peu : le mariage est avant tout une affaire de familles et non d’individus. Autres conséquences : l’intérruption volontaire de grossesse- qui n’a pas toujours le probléme des castes comme cause, mais il peut être à la base -, la plupart des cas de suicide, les infanticides, les traumatismes à vie liés à une déception amoureuse19. L a question matrimoniale, une affaire indidvduelle ? Non, la plupart du temps. Pourtant dans la société traditionnelle, les hommes d’ascendance royale épousaient souvent des femmes dites castées parce qu’elles pouvaient leur porter chance dans leur quête du pouvoir. Il faut simplement reconnaître que les femmes issues de caste, en r             raison de leur métissage ethnique sont souvent très belles, disposent d’une éducation sexuelle convoitées comme dans le cas des femmes laobés ou boisselières et sont souvent formées à l’art de la cuisine et de la décoration ; voilà des raisons objectives pour les rechercher.

Il n’y a certainement pas de révolution individuelle, pourtant c’est la somme des prises de conscience individuelles qui sera à la base de la révolution des mentalités. Puisque les castés sont les seuls à qui on impose rigoureusement l’endogamie, c’est chez eux que l’on trouve le taux le plus élevé de polygamie, de mariages arrangés entre proches parents avec des conséquences néfastes sur la santé de l’enfant. Il est vrai que les castés partagent cette situation avec les marabouts. L’islam, l’école, l’urbanisation sont-ils des facteurs de transformations ?

L’implantation de l’islam en Afrique occidentale est très ancienne puisque’elle remonte au moins au VIIIe siécle, mais il faut attendre la période de la traite des négriére et surtout celle de la conquête coloniale pour voir l’islam pénétrer dans les couches populaires. Toutefois, sa présence ne modifie pas fondamentalement le systéme des castes. Au contraire, la religion musulmane s’en accommode parfaitement puisqu’on assiste à la substitution des cadres aristocratiques par des cadres religieux ; la maison du marabout rappelle à bien des égards la cour royale. Certes, certaines petites villes du Sénégal comme Bambey, Mekhé et même une fois Tivaouane ont eu des castés comme imams, mais cela est tout à fait exceptionnel dans une grande ville comme Dakar. Les résultats de l’enquête menée par Abdoulaye Bara Diop (1981 :94-95) sont toujours d’actualité : « Dans la société religieuse, ils (sab-lekk, les griots) remplissent certaines fonctions secondaires en relation avec leur spécialisation héréditaire de gens de la parole ». Muezzins dans les mosquées, ils se spécialisent dans les chants religieux, lors des veillés organisées par les fidéles.

L’adaptation de l’islam au systéme des castes est en contradiction avec ses principes égalitaires (cf .sourate 49, al-Hujarat, « Les appartements privés », verset 10). La premiére révolution dans l’histoire de l’islam, celle des abbassides (750), voulait justement briser les relations de clientélisme entre Arabes etn non Arabes (mawalis). Abdoulaye Bara Diop a certainement raison de penser que l’islam, quelle que soit son importance, ne pouvait par la seule force idéologique bouleverser le systéme des castes, le réduire. Cependant, les grands marabouts, issus de leur immense majorité de la caste supérieure, ne sont pas mobilisés pour faire prévaloir le principe égalitaire.

D’ailleurs la supériorité de sorigines des marabouts reste à élucider. A cet égard, les traditions sont absolument contradictoires même si la recherche permet de déterminer les origines très modestes de ceux qui ont mené les révolutions maraboutiques au tournant de XVIIIe et XIX e siécles, l’islam étant la seule alternative face à l’oppression des aristicrates.Le probléme revéle surtout de la culture et d’une maniére générale, la culture africaien est figée. Elle est seulemnt capable de saisir des apports exterieurs et de les adapter. Les cultures africaines se transforment trés peu au contact d’autres civilisations et il y a à cela de raisons objectives. Ainsi les transformations apportées par l’école ne sont pas considérable. La fréquention de l’école occidental bouscule peu les mentalités. On retrouve le même phénomène jusque dans les filiere formation. Prenons l’exemple de cette famille étendue de castés ou neuf personnes ont pu accéder à l’enseignement supérieur ; l’orientation est la suivante : trois personnes en physique-chimie, deux en sciences naturelles, une en sciences économiques, une en pharmacie, une en mécanique générale et une en lettres. Est-ce le seul fait du hasard ? En tout cas on dénote la prédominance des castés dans les filiéres scientifiques, surtout les sciences expérimentales, et ce phénonème peut s’expliquer par l’éxistence d’un esprit pré-scientifique chez les castés de métier 20. On constate aussi que le chômage des jeunes affecte moins ceux d’entre-eux qui sont issus des castes de métier : il est fréquent de voir ces jeunes aller à l’école les jours de classes et, les autres jours se retouver dans la forge du pére, l’atelier de l’oncle, etc. Autre exemple, celui des maîtrisards d’origines castée qui se sont constitués en groupement d’interêt économique pour ouvrir une grande bijouterie moderne. Ou encore le cas de ce jeune titulaire d’un doctorat de droit (options internationales) et qui, faute de trouver unposte correspondant à son diplôme, vit de son métier de bijoutier. Nous pensons qu’une valorisation des castes de métiers, dés l’indépendance, aurait donné une base technique à l’Afrique et ce cadre d’un développement endogéne.

L’attitude du casté et les perspectives

L’attitude du casté peut s’averé décevante. Il y a d’abord la conscience de soi du casté qui s’exprime à travers certains excés come l’ostentation, le fait d’accepter des dons (contrairement à une certaine conception de la dignité humaine). Mais il y a aussi la solidarité du milieu casté, l’exaltation de valeurs parfois très conservatrices : sens de la famile, de l’honneur, etc. L’analyse de Max Weber sur les rapports entre protestantisme et capitalisme pourrait également s’apliquer au castés. En empêchant lesénergies de se déployer en tous sens (le complexe d’infériorité est limitant), le systéme contraint le casté à s’investir dans le travail et, depuis la fin de la seconde Guerre mondiale ? On peut noter un fort taux de castés au sein de l’émigration (Morice 1982), vers la plupart des capitales africaines. Ils y ont amené leur savoir-faire (bijouterie, tapisserie, cordonnerie, etc.) mais on les retrouve dans le négoce. Le déclin de l’artisanat en raison de l’envahissement du marché interieur par des produits étrangers explique-il l’émigration castés ? Cette hypothése, revéle, il est vrai, surtout de l’empirisme. Nous sommes persuadés cependant qu’une étude plus approfondie apporterait des résultats probants, surtout l’on considére la proportion de migrants par aux taux de castés au sein de la société globale. La réussite économique du casté est une donnée importante du Sénégal moderne. Par définition les castés ont toujours été présent dans les secteurs productifs. Nombreux sont ceux qui transformérent, à l’indépendance, leur échope en petite entreprise familiale : menuiserie, bijouterie, cordonerie ou fabrique de vétements…D’autre, « les castés du Baol se lancent avec succés dans le négoce »

La deuxième forme de réaction du casté a trait à l’acceptation de son « état », au nomn- refus, au fait de se réclamer entant que tel. Cette attitude peut être repprochée au casté surtout dans un processus de construction de la démocratie. Le fait de se constituer volontiers comme casté ne doit être qu’une étape dans lamarche vers l’abolition du systéme une condition sine qua non pour atteindre une démocratie réelle. Pourtant, on constate certains castés, principalement les griots, abusent de leur position dans la société. Sous prétexte qu’ils sont considérés comme inférieurs, ils travestissent les relations sociales, se situent au cœur de nombreuses intrigues et passent leur temps à quémander, fait qui a tendance à se généraliser. Cette situation, participe entre autres facteurs, de la systématisation de la mendicité et de la facilité avec laquelle la corruption s’installe : dans la société ou on ne répugne pas à tendre la main et à recevoir, le laxisme se banalise et favorise le paratisme. Nombreux sont ceux qui au Sénégalsont aux crochets de l’Etat, de leurs concitoyens et réduisent ainsi le corps des personnes actives tout en annihilant leurs éfforts. Ce n’est pas uniquement le fait de castés mais le type de rapports sociaux instaurés par le systéme de castes favorise cette situation.

La dernière attitude relève du refus. Certains castés profitant du port d’un nom neutre, refusent carrément d’assumer leur situation de castés, d’autres espérent sortir de leur prope société. Ceci peut bexpliquer le nombre élevé de mariages mixtes chez les premiers intellectuels castés. Ces mariages hors castes ne sont pas toujours une mauvaise chose, mais ils mettent souvent dans une posture fâcheuse les enfants issus de ces unions : ils sont qualifiés de geer benn tank (ne disposant que d’un seul pied). On peut faire montre d’un certain optimisme à l’instar du philosophe Souleymane Bachir Diagne21 qui estime que le bastion matrimonial est entrain de tomber. On lesuit moins cependant lorsqu’il affirme que l’ « urbanisation a permisaux castés de se fondre plus facilement dans l’anonymat de la ville ». Le nom de famille demeure la carte d’identité du casté même si on reconnaît que l’émergence d’une noblesse d’argent, dans une société en crise, a battu en bréche les fondements de l’ostracisme.

Conclusion

Disons en guise de conclusion que militer en faveur de la suppression des castes est un principe pour les droits de l’homme car la libération de l’individu reste la condition même du développement. Comment combattre notre retard économique sanns promouvoir de nouvelles idées afin de discrediter certains dogmes, les préjugés, le fanatisme, l’arbitraire, le parasitisme, bref tous les archaismes d’une société devenue d’une certaine manière trop intelligente pour ses structures ? Répondre à cette question, c’est d’abord proposer l’éradication, entre autres archaismes, du systéme des castes. La société avancera plus vite le jour ou les Sénégalais pendront conscience qu’excercer un métier n’a absolument rien à voir avec la déchéance sociale. Nous sommes accusées tout récemment dans la presse sénégalaise de vouloir combattre, la religion, les traditions et surtout les fondements de la société sénégalaise où, on peut citer le système des castes. L’auteur de l’article se réclamant de « sang royal » n’a certainement rien compris

Bibliographie

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